Chapelet du Pape Pie VII


Chapelet à six dizaines (Chapelet dit de Sainte Brigitte)

La précipitation avec laquelle se fit l'enlèvement du Saint-Père à Savone ne laissa pas le temps à son valet de chambre, Hilaire Palmieri, de lui composer un trousseau, à l'exception de quelques linges de corps.

A cette occasion, comme le Saint-Père changeait de linge à l'hospice du Mont-Cenis, un riche chapelet s'échappa d'une chemise que déployait le docteur Claraz. Sa Sainteté, en s'en apercevant, et avec un doux sourire sur les lèvres, bien que très souffrante, lui dit : " C'est là aujourd'hui, Monsieur le docteur, toute ma richesse ; je suis apostoliquement sans pain, ni argent, ni deux tuniques ; n'est ce pas cela ? Vous, que le très bon abbé de cette maison vient de me donner pour médecin et pour compagnon de voyage, en ajoutant que vous étiez un bon chrétien de ce pays, acceptez ce souvenir que je bénis et vous aussi, afin que le ciel vous comble de ses dons avec votre famille. "

Extrait de la vie du docteur Claraz
Chevalier Valentin Claraz





Photo Claude CLARAZ



Chapelet du Pape Pie VII et médaille d'or à son effigie. 

Ces reliques papales sont exposées dans la première salle du Musée Napoléon 1er du château de Fontainebleau.




Chapelet du pape Pie VII, vers 1800 : Agate et cuivre doré (L. 0,40 m)
Photo Philippe FUZEAU




Historique

Donné par Pie VII au docteur Balthazar Claraz , 1812 ; don des familles Corriol, Giraudot, Van Straaten, descendantes du docteur Balthazar Claraz, 2002 Bibliographie : La revue du Louvre et des musées de France, 2003-3, Acquisitions, n°35, p.99 Fontainebleau, Musée national du château, inv. F 2002.4.

Par son histoire, comme par sa composition, ce chapelet est un objet unique. Il a été donné par Pie VII, en juin 1812, au docteur Balthazar Claraz (1763-1839) qui l'accompagna depuis le Mont-Cenis, lors de son transfert de Savone à Fontainebleau. 

Seule " richesse " emportée alors par le pape, selon ses propres termes rapportés par le docteur Claraz (1), ce chapelet comporte six dizaines au lieu des cinq habituelles. Il correspond à un chapelet dit de sainte Brigitte, mis en honneur par la sainte au Moyen Age et approuvé par Léon X, en 1515. Pie VII, issu de l'ordre des Bénédictins, semble avoir eu une dévotion particulière pour sainte Brigitte.

Le chapelet répond par ailleurs au type des chapelets pontificaux qui étaient distribués à la fin du XVIII é siècle, comme en témoigne la description faite par le célèbre amateur et ami de Fragonard, le financier Bergeret de Grancourt, qui en reçut un lors de sa visite à Rome au pape Clément XIV, le 20 juin 1773 : " Ces chapelets sont de jaspe, avec un gland et petite médaille d'or au bout (2). " La médaille suspendue au gland de fils dorés du chapelet donné par Pie VII est ornée sur la face d'un profil du Christ nimbé et sur le revers de celui de la Vierge également nimbée.

La venue du pape en France fut l'occasion de multiplier l'usage des chapelets. Durant son séjour parisien, certains marchands qui en faisaient le commerce en débitèrent, aux dires de Constant, premier valet de chambre de l'Empereur, " plus de cent douzaines par jour " et les personnes qui se présentaient à l'audience du Saint-Père, ou qui se pressaient autour de lui, dans sa sortie, faisaient bénir des chapelets pour elles-mêmes, pour tous leurs parents et pour leurs amis de Paris ou de la province. Les cardinaux en distribuaient aussi une incroyable quantité, dans leurs visites aux divers hôpitaux, aux hospices, à l'hôtel des Invalides, etc. On leur en demandait même dans leurs visites chez des particuliers (3) ".

Amaury Lefébure
Conservateur général du Patrimoine, directeur du Musée national du château de Fontainebleau



1. Docteur Louis Guilland, Un épisode de la vie du Dr Claraz, médecin à Termignon, département de la Savoie, canton de Lanslebourg, arrondissement de Saint-Jean-de-Maurienne. Notes particulières et inédites sur la translation de Pie VII de Savone à Fontainebleau, Chambéry, 1878, p.14

2. Bergeret de Grancourt, Voyage d'Italie. 1773-1774. Avec les dessins de Fragonard (Introduction et notes de Jacques Wilhelm, conservateur adjoint du musée Carnavalet). Paris, 1948. p.119.

3. Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'Empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour, t.I, Paris, s.d.(1910 ?), pp.385-386.

" Reliques " Papales.



 Mule du Pape Pie VII



Mule offerte par le pape PIE VII au docteur Balthazard Claraz lors de sa visite au Vatican en 1817.
Photo Claude CLARAZ



Sorte de pantoufle blanche ou rouge décorée d’une croix brodée, est très certainement inspirée de la mule (Mulleus) portée exclusivement, par les empereurs romains.

Lors des audiences, les papes la donnaient à baiser aux fidèles.

Dans son "journal de voyage en Italie", l’écrivain Montaigne indique qu’il baisa la mule du pape Grégoire XIII, lors d’une audience le 29 décembre 1580.

Dans des circonstances exceptionnelles le pape pouvait en offrir une en souvenir d’un événement particulier.


Montaigne, voyage en Italie, journal de voyage en 1581